dimanche 25 mars 2012

Nicolas Sarkozy et "les gosses de banlieue" : mais c'est qu'ils parlent bien pour des...

Depuis avant-hier sur la toile, plusieurs sites relaient les propos (plus ou moins) OFF de Nicolas Sarkozy au sujet de l'échange assez vif (euphémisme) qu'il a eu avec Thibault Baka le 12 mars dernier au cours de l'émission Paroles de Candidat sur TF1.
En déplacement à Meaux quelques jours plus tard, Nicolas Sarlozy aurait déclaré au sujet de Thibault Baka "Il parlait très bien pour un ..." Sans finir sa phrase.

"Mais pour un quoi monsieur le Président? Pour un noir, un banlieusard, un fils d’immigré? Pourquoi ne pas finir votre phrase? Peur de "déraper" une nouvelle fois? Plusieurs journalistes présents lors de ce déplacement ont relevé vos mots, une caméra était d’ailleurs présente… Mais rien n’a été diffusé (étonnant).
Aujourd’hui, vous voulez construire une France forte, mais elle ne le sera jamais tant que le racisme ordinaire battra son plein. Nous sommes tous Français, libres en droits, égaux en devoir. Nous voulons continuer à vivre dans la fraternité pour faire avancer la France.
Je vous prierai donc à l’avenir d’éviter ces éléments de langage qui divisent les Français. Les mots ont des conséquences qui peuvent être graves. Très graves." (source)

Polémique naissante? Sans doute... Mais on n'en est plus à une près pour Nicolas Sarkozy qui parlait hier de "racaille" et qui parle aujourd'hui de "gosses de banlieue".
Que s'est-il donc passé ce 12 mars dernier sur TF1 entre Nicolas Sarkozy et Thibault Baka pour qu'il ait été à ce point stupéfait qu'un "gosse de banlieue" puisse s'exprimer aussi bien?

Flash-back

Nous sommes le lundi 12 mars 2012. Nicolas Sarkozy est l'invité de l'émission Paroles de Candidat sur TF1.
De mon côté, je suis au 59 avenue de Ségur, Paris 7e, au QG de campagne de François Hollande pour participer à ma première Riposte Party, la 12e pour le candidat que je soutiens.
L'émission est déjà commencé depuis 23 minutes quand Thibault Baka, 29 ans "de Villiers le Bel" prend la parole. Acteur associatif, il est aussi l'auteur du Bon Lieu, paru le 11 novembre 2011. 
Le Bon lieu, Irina, 2011.
1er round
Décharge électrique sur le plateau : l'échange entre Nicolas Sarkozy et Thibault Baka secoue les plus amorphes des (télé)spectateurs.
En 30 secondes, Thibault Baka dénonce la mauvaise image des banlieues, régulièrement relayée par les médias, et "surtout par vous Monsieur Sarkozy" : délinquance, assistanat, violence... j'en passe et des meilleures.
Thibault Baka accuse (à juste titre il faut bien le dire) Nicolas Sarkozy de ne pas faire confiance aux jeunes des banlieues. Au lieu d'encourager les entrepreneurs comme Thibault Baka, les gouvernement favorise les investissements les USA ou du Qatar dans ces quartiers. 
La réponse de Nicolas Sarkozy - qui va patauger un bon moment dans la semoule - ne convainc pas Thibault, et l'échange tourne rapidement en faveur de ce dernier qui met Nicolas Sarkozy au pied du mur de ses mensonges et de ses contradictions.
Nicolas Sarkozy amorce sa réponse en évoquent le plan de l'ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), "financé par les gens qui travaillent" (sous-entendu: contrairement à ces feignasses de banlieusard-e-s assisté-e-s), pour démontrer à Thibault qu'il n'y a pas que les USA et le Qatar qui investissent dans les banlieues.
Immédiatement, Thibault Baka coupe la parole à Nicolas Sarkozy. "Votre discours, je le connais, c'est du réchauffé. Il ne suffit pas de mettre un coup de peinture sur nos immeubles... Ma question porte sur l'emploi!"
Douce euphorie au 59 avenue de Ségur : Nicolas Sarkozy est en train de se faire malmener par un acteur associatif, entrepreneur, auteur, vivant en banlieue, et maîtrisant visiblement mieux que lui le sujet.
Nicolas Sarkozy lui rappelle que les internat d'excellence ont été créés "exclusivement pour les gosses de banlieues"... On notera au passage la grande classe de l'expression dans la bouche du (président) candidat :"on leur a donné une chance à ces gosses".

2ème round

Thibault Baka rappelle à Nicolas Sarkozy qu'il a dit que si on n'aimait pas la France, on devait la quitter...
Applaudissements au 59 avenue Ségur, Thibault Baka vient d'envoyer Nicolas Sarkozy dans les cordes qui soutient mordicus qu'il n'a jamais dit ça.
Nicolas Sarkozy perd un peu ses nerfs et lui répond "Qu'est-ce que j'ai fais ? 30% de gosses de banlieue dans toutes les classes préparatoires [...] La société n'est pas responsable de tout [...] Il y a des gens formidables en banlieue".
Blablabla blablabla... Pas facile d'être crédible et de faire oublier la "racaille" et le "kärsher" de 2005.
L'échange dure 1/4 d'heure et... Nicolas Sarkozy n'a répondu à aucune des questions de Thibault Baka. Il a présenté son bilan (que tout le monde connaît) et il a manifesté un mépris certain pour ceux qu'il appelle (au moins trois fois en 1/4 d'heure) "les gosses de banlieues".

22h30

Je quitte le 59 avenue Ségur pour rentrer dans ma banlieue avant le dernier RER. Ragaillardie par cet échange qui me conforte dans mes positions. Autant qu'il m'inquiète sur les capacités du candidat Nicolas Sarkozy à réconcilier la "2ème France" de Thibault Baka avec l'autre: celle du candidat de l'UMP qui stigmatise la banlieue en la considérant comme un ramassis d'incapables, assistés, voyous, délinquants, dealers, racaille et "gosses de banlieue".

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vous qui passez par là, ne restez pas anonyme et choisissez au moins un pseudo.
Et si vous voulez balancer du lien, intégrez cette balise