lundi 12 mars 2012

Peut-on être LGBT et de droite ?

Avant de commencer... La réponse est non... mais cela n'engage que moi.
Au-delà de la seule question du mariage homosexuel et de l’homoparentalité qui a (un peu) agité la campagne présidentielle à ses débuts, c'est l'ensemble des droits LGBT qui semble oublié des préoccupations de certain-e-s candidat-e-s à l'élection présidentielle.
Loin de moi l'idée de me faire la porte-parole des LGBT - je n'en ai ni les capacités ni la légitimité - mais quand on se penche un peu sur les débats qui ont animé la sphère politique ces derniers mois, on saisit mieux l'immobilisme et le conservatisme qui polluent bon nombre de programmes. Et je ne parle pas que des programmes de SVT de 1ère...
A droite, la question ne se pose plus : ils sont tous-tes contre le mariage et l'adoption pour les homosexuel-le-s. Quant aux programmes de SVT de 1ère, les envolées lyriques de certain-e-s élu-e-s UMP l'été dernier en disent long sur ce qu'ils-elles pensent de la construction sociale et culturelle des identités de sexe.
A gauche, c'est réglé aussi puisqu'on sait maintenant officiellement qu'elle est favorable au mariage homosexuel et que le parti socialiste s'est élevé contre "la censure des manuels scolaires" dénonçant une "vision totalement rétrograde des identités de genre" et une négation de "la diversité des identités sexuelles".
A ce titre, les positions de Jean-Luc Roméro mérite d'être relayées : "Un gay qui vote à droite c'est comme une dinde qui voterait pour Noël".
Finalement, c'est pas trop la question du pour ou contre qui m'intéresse ici, mais les arguments avancés par celles et ceux qui sont contre. Et en matière de florilèges homophobes, transphobes, conservateurs ou immobilistes, il faut dire que la droite a mis les petits plats dans les grands. Et en guise d'illustration, le blog de Valentin Beziau qui déclarait le 5 janvier 2012 : "François Hollande veut homosexualisé et transsexualisé la France" (ainsi orthographié dans le texte).

Nicolas Sarkozy 

Comme je l'ai déjà écrit dans un précédent billet, il n'est pas favorable au mariage homosexuel et encore moins à l'adoption. "En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale essentielle qu’est le mariage". Il est donc contre l'homoparentalité. En effet, pour lui : autoriser le mariage homosexuel, c'est "ouvrir la porte à l'adoption". Donc : non seulement Nicolas Sarkozy est contre on l'aura compris, mais surtout sa définition même de la famille et du mariage en dit long sur les valeurs et les traditions qui polluent sa campagne. Parce que pour adopter, il faut forcément être marié-e. Et quand bien même certaines "situations particulières" existeraient dans notre pays, elles ne doivent pas entraîner l'inscription "dans la loi d’une nouvelle définition de la famille". 
Quant aux programmes de SVT, on aurait pu croire que Nicolas Sarkozy se pose en défenseur de ce qu'ils-elles appellent tous-tes "la théorie du genre"... Il n'en est rien si l'on en croit la réponse qu'il a adressée à Christian Vanneste le 15 novembre dernier : "cela ne signifie en aucun cas que le gouvernement adhère à ces orientations et encore moins que les élèves et leurs familles doivent être contraints de souscrire à de telles conceptions de l'homme et de la société". Au moins on est fixé-e-s... Et l'Action Française peut se rassurer : Nicolas Sarkozy est (très très très) loin d'"imposer la famille homosexuelle aux lycéens" ! En revanche, il est resté très discret sur sa position personnelle à ce sujet... Sans doute pour ne pas froisser ses électeurs-trices de la droite borderline... Tels que les fidèles de Christine Boutin, Christian Vanneste ou Hervé Mariton.

Marine Le Pen

Sur la question du genre, à mon avis la question ne se pose pas. Après maintes recherches, je n'ai rien trouvé sur ses positions même si j'ai ma petite idée là-dessus. Sur le mariage homosexuel, je la citerai in extenso - une fois n'est pas coutume : "Nous sommes, nous, clairement, sans ambiguïté, contre le mariage homosexuel. Le lundi comme le dimanche. Le matin comme le soir. Avant les élections comme après. Nous maintiendrons le PACS mais il faut avoir le courage de résister aux pressions des lobbies communautaires qui ne représentent pas plus qu’eux-mêmes, et sûrement pas les personnes au nom desquelles ils sont censés parler !" et "Le FN rappelle son attachement aux fondements du mariage qui doit rester l’union entre un homme et une femme".

François Bayrou

Difficile de savoir ce qu'il en pense François Bayrou. Une espèce de flou artistique entoure sa position. S'il considère l'homoparentalité comme "un droit logique et de bon sens", le mariage en revanche doit rester réservé à un homme et une femme. Finalement, c'est surtout le mot "mariage" qu'il réserve aux personnes de sexes opposés car il est favorable à "une union civile, conclue à la mairie, ouverte aux homosexuels, comportant des droits équivalents à ceux ouverts par le mariage"... Un jeu de mots en quelques sortes... Lui aussi reste très discret sur les débats qui ont agité la sphère politique autour de la "théorie du genre".

Nicolas Dupont-Aignan 

Il est "hostile" à l'adoption des homosexuel-le-s "au nom du droit de l'enfant". Il est en revanche favorable à un élargissement des droits aux couples de même sexe qui auraient contracté un PACS. Pour lui ausi, la vraie famille, elle se fonde avec un père et une mère. Quant à la "théorie du genre", il maîtrise l'art de la pirouette et du salto arrière puisqu'il élude la question en répondant que "toutes les polémiques suscitées par les opposants à ces manuels ont été excessives. [...] Et c’est vrai que je me refuse d’entrer dans l’un des clans. Sur ces sujets, je préfère les positions équilibrées."

C'est finalement le site Débats 2012 qui propose la meilleure synthèse :
 Quant aux programmes de SVT de 1ère, voici l'objet du scandale... Faites-vous une idée !
Extraits du manuel Hatier de 1ère pour l'année scolaire 2011-2012
 
Quant à moi... Voici ma position
 

4 commentaires:

  1. Ton billet est très bien. Rien à redire. Un petit argument en plus que l'on n'entend jamais : ceux qui préfèrent pour une raison de vocabulaire une "union civile" au mariage, parlent dans le vent. Ou on reste tel quel ou on ouvre le mariage à tous les couples.... car une "union civile" uniquement réservée aux couples de même sexe serait considérée comme inconstitutionnelle car discriminatoire, à ce titre le PACS est ouvert à tous et pas qu'aux homos...

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  2. Et malgré tout cela, il y a des personnes LGBT qui votent à droite. Il y en a même qui militent. Et d'autres qui sont des députés de droite. L'UMP a sa branche LGBT (qui d'ailleurs s'est récemment rebellé à la suite des propos de ce cher Christian Vanneste et de la prise de position de Sarkozy contre le mariage homo). Donc la réponse à la question "Peut-on être LGBT et de droite ?" ne peut pas être un "non" tranché comme tu l'as exposé au tout début de l'article. Je comprends qu'il soit difficile de le concevoir. Si on regarde uniquement les enjeux sociaux, c'est illogique, disons-le même, complètement stupide. Mais là où la personne LGBT qui vote à gauche et celle qui vote à droite vont être divisées, c'est surtout ce qui concerne les enjeux économiques. Celui qui fait primer l'économique sur le social préférera sacrifier ses propres droits s'il pense que cela vaut mieux pour la situation économique du pays. C'est pour ça que souvent, les personnes LGBT qui votent à droite sont issues de milieux sociaux favorisés où la finance est reine et dictent les comportements (pour légèrement caricaturer). Ces personnes là pensent que Sarkozy est le seul à même de "sauver" le pays, d'éviter la situation de la Grèce, de se faire entendre par l'UE. Et même si ce candidat se refuse à leur accorder des droits aussi basiques et légitimes que le mariage et le droit de fonder une famille, ils se résigneront car pour eux ce n'est pas la première des priorités.
    Par ailleurs, l'orientation sexuelle est une partie de l'identité de chacun, mais il me semble évident qu'on ne s'identifie pas politiquement exclusivement via son orientation sexuelle. Ce n'est qu'une part de notre identité, on n'agit pas constamment en fonction d'elle, il y a tant d'autres choses comme les convictions, les valeurs, le vécu, qui nous poussent à voter pour tel ou tel parti. Il n'est donc pas si surprenant, en fin de compte, que des personnes LGBT votent à droite, car tout est question de hiérarchisation des priorités, finalement.

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    1. Merci pour ta contribution. Très éclairante et beaucoup plus impartiale que la mienne en effet... Disons qu'en ce qui me concerne, j'ai du mal à l'admettre sans doute ;-)

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