samedi 17 mars 2012

Pour Nicolas Sarkozy, la culture c’est comme la confiture

La Princesse de Clèves
... Moins on en a, plus on l'étale.
Hier soir, Nicolas Sarkozy s’est prêté au jeu du face-à-face avec Canal+. Bien que j’aie boycotté cette émission après m’être étouffée avec le programme de l’UMP – trop de droite tue la droite – une phrase est parvenue à mes oreilles de gauchiste ce matin : "La réponse à la crise c’est la culture"... J'ai d'abord cru rêver. Replay.
Ah non... C'est bien ce qu'il a dit.
Au-delà du simple fait que tout le monde sait que ce n'est pas culture qui va permettre de lutter contre le chômage, le mal-logement, la précarité ou la grande pauvreté, cette petite phrase n'a pas manqué de me secouer. Nicolas Sarkozy lui-même ne déclarait-il pas en 2008 que "connaître La Princesse de Clèves" n'a pas grand intérêt?
"Lorsqu'on passe des concours administratifs dans un parcours au mérite, on doit tenir compte me semble-t-il, du fait que si y'a 2 candidats, y'en a un qui a fait 15 ans au service du bénévolat et de l'association et l'autre qui a rien fait, on le critique pas. On le critique pas. Mais ça doit donner des points de plus à celui qui a fait du bénévolat pour les autres. Quand même! Je veux dire, en termes de richesse humaine. D'engagement au service des autres. Pourquoi on en tiendrait pas compte ? Ça vaut autant que... euh...Que d'savoir par cœur La Princesse de Clèves... Enfin... J'ai rien contre... Enfin... bon... Enfin... C'est je... Je... parce que j'avais beaucoup souffert sur elle"
Donc si j'ai bien tout compris : le mérite et le bénévolat ont autant de valeur que la connaissance d'un roman précurseur de la littérature française du XIXe siècle ?
Mais alors diable ! Pourquoi faire des études littéraires ? Ou historiques ? Si elles ne sont rien face à la méritocratie et au bénévolat ?
Et pourquoi nous sortir hier soir au Grand Journal que "la réponse à la crise c'est la culture"? Alors que le pseudo-programme de l'UMP met en avant la méritocratie ?
Nicolas Sarkozy mangerait-il à tous les râteliers ?
Serait-il un opportuniste ?
Ou serait-il un tantinet vexé des résultats du sondage du mois dernier qui le juge deux fois moins crédible que François Hollande en matière de politique culturelle ?

Merci à Thierry de Cabarrus d'avoir relevé cette "petite phrase" qui n'aura pas manqué d'émouvoir les enseignant-e-s-chercheurs-es, les étudiant-e-s et personnels -ATOS qui ont été en grève pendant 14 semaines pour les plus motivé-e-s en 2009 et qui ont manifesté contre la politique de Nicolas Sarkozy en organisant entre autre une "lecture marathon de la Princesse de Clèves" en réponse - entre autre là aussi - aux déclarations du cancre Nicolas Sarkozy le 23 février 2007 à Lyon : 
"L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de la Princesse de Clèves… Imaginez un peu le spectacle !"
Tout est dit... Pour Nicolas Sarkozy, "la réponse à la crise c'est la culture", mais une guichetière cultivée, c'est du spectacle et la culture ne vaut rien face à la méritocratie et au bénévolat.
Tout est dit.
Cela ne veut rien dire.
C'est normal.
Quand Nicolas Sarkozy parle de culture,
il patauge dans la confiture.

L'info en + du 18 mars 2012 :
Comme un écho à l'ignorance de Nicolas Sarkozy en matière de politique culturelle... François Hollande est au Salon du Livre ce dimanche 18 mars. L'hommage qu'il rend à La Princesse de Clèves se passe de commentaires :
Il y a quelques années, le Président parlait de La princesse de Clèves…
C’était mettre en cause le travail de tous ces professeurs qui veulent transmettre les plus beaux livres de notre patrimoine, les émotions qui ont pu être celles de générations et de générations, mais aussi le sens de l’effort. C’est vrai que pour comprendre un livre, un passage, cela suppose un investissement demandé à l’élève. Quand en plus, au sommet de l’Etat, on nie l’existence de cet effort ou qu’on se moque du travail du professeur, c’est un mépris qui est ressenti très largement.
Nous devons promouvoir la littérature, toutes les littératures : littérature de notre patrimoine, littérature plus récente, littérature française, littérature étrangère en langue française. Et la francophonie est, là aussi, un élément très important pour notre pays. Il y a près de 300 millions de personnes dans le monde qui parlent le français. Il y a même des auteurs étrangers qui écrivent en français. Vous en trouvez de nombreux partout dans le monde, qui font cet effort. Certains d’entre eux ont même reçu des prix français comme le prix Goncourt.
La langue française est au service de la diversité, de l’exception culturelle, elle est au service de l’humanité.
Mais pour revenir à votre question, c’est la première fois qu’une princesse va s’engager autant dans la campagne présidentielle…
Article relayé par toushollande.fr

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