lundi 2 avril 2012

Docteur Sarkozy et Mister Sarko. Le poids des mots, le choc des photos

Paris-Match. Le poids des mots, le choc des photos.
1er choc : la Une. Nicolas Sarkozy, blafard avec un pauvre sourire, ou plutôt un rictus figé. Il sortirait d'un enterrement, ce serait kif-kif.
2ème choc : "Je serai un président différent".

Docteur Sarkozy, Mister Sarko.
Oubliez les 5 dernières années car les 5 prochaines que je vous propose seront différentes. Mon contrat d'apprentissage se termine et maintenant que j'ai appris le métier de président, je suis prêt.

3ème choc : toujours aussi blafard sous les dorures de l’Élysée, Nicolas Sarkozy reçoit Paris-Match "par une journée de printemps précoce qui voudrait faire oublier le malheur".
Jardins en fleurs du palais présidentiel, ambiance bucolique, Nicolas Sarkozy se la raconte.
Il revient d'abord sur les tueries de Montauban et Toulouse sur deux pages.
En tous cas, il semble avoir tiré les leçons de ses écarts de langage passés puisqu'il ne parle plus d'"apparence musulmane" mais de "deux de nos compatriotes musulmans". C'est mieux... Mais ça n'efface pas les dérapages auxquels ils nous a habitué-e-s.

Alors que Docteur Sarkozy s'est toujours (officiellement) refusé à toute récupération politique de ce drame, Mister Sarko en remet une couche sur le communautarisme :
  • Interdiction de la burqa
  • Refus du communautarisme
  • Mêmes horaires pour les filles et les garçons dans les piscines municipales
  • Même médecin pour les femmes et pour les hommes à l'hôpital
  • A la cantine, le même menu pour tous les enfants
Et pour finir,  cerise sur le gâteau : le droit de vote pour étrangers est un danger car il renforcera la tentation communautariste. Vous noterez au passage l'emploi du futur et pas du conditionnel. Mister Sarko est sûr de lui : vote des étrangers = danger.
Sauf que quand on suit le cheminement de sa pensée, il faut en fait comprendre : vote des étrangers musulmans = danger. 
A la question "Estimez-vous que, dans votre camp, des dérapages verbaux, autour du débat sur l'identité nationale ou les civilisations, ont pu faire monter certaines tensions?", la réponse est sans appel :"Je ne sais pas à quels dérapages vous faites allusion".
Histoire de lui rafraîchir la mémoire, je n'en citerai que deux.
Valérie Rosso-Debord : "ce n’est certainement pas avec leur politique de proximité que le tueur présumé de Toulouse et Montauban aurait été localisé".
Jean-François Copé... Aaaaah Jéf ! La liste de ses dérapages est longue. Lui qui se voit déjà en haut de l'affiche en 2017 a multiplié les envolées lyriques depuis 15 jours. 
Docteur Sarkozy fait alors dans la victimisation et accuse les membres du PS de l'avoir insulté à maintes reprises. On croit rêver quand on sait ce qui l'attend s'il n'est pas réélu...
Il revient ensuite sur son projet que l'on connaît déjà : suppression des 35h, nouveau statut pour les enseignants, le droit à la formation professionnelle...etc.
Et enfin, il démontre par A+B qu'il sera "différent" et qu'il saura tirer la leçon de ses erreurs - sans dire auxquelles il fait allusion...
Paris-Match l'emmène ensuite sur le terrain de la parité. A la question "Comme François Hollande, vous engagez-vous à avoir un gouvernement paritaire?"... Et bien non. Parce qu'il pense "que cela ne veut rien dire". On le savait déjà en même temps... Mais pour celles et ceux qui avaient encore des doutes, et bien maintenant, c'est clair. Quand on sait que pour lui, la parité, c'est 40% de femmes cadres dirigeants dans les CA, pas besoin d'en dire plus.
Pour la partie suivante de l'interview, Paris-Match a fait appel à un orchestre philharmonique de violons. Et on sombre lamentablement dans la guimauve de sa love-story avec Carla.
Finalement, ce portrait d'un soit-disant président "différent" s'achève sur une allusion à Kadhafi. Docteur Sarkozy déclare "On ne va pas regretter Kadhafi quand même!".
Mais Mister Sarko doit quand même ressentir une certaine nostalgie quand il se souvient de leurs sauteries dans les jardins de l’Élysée ou encore de son (fort probable) soutien financer en 2007.
Bref. J'ai acheté Paris-Match et j'aurais dû m'abstenir. Moi aussi je vais tirer les leçons de mes erreurs passées: ne plus acheter Paris-Match.
Tiraillé entre le paraître de Docteur Sarkozy et le Mister Sarko qui sommeille en lui, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois livré une interview vide de sens politique... Dommage quand on est en campagne...

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