mardi 18 septembre 2012

Un procès des tournantes s'ouvre aujourd'hui


Dans l'enfer des tournantes
Aujourd'hui s'ouvre le procès de tournantes.

Ces viols collectifs au cours desquels les violeurs se passent leur victime comme des joueurs de ping-pong font une tournante en courant autour de la table.

Pardonnez-moi cette comparaison parfaitement inappropriée au premier abord. Mais je trouve pourtant qu'elle illustre parfaitement le côté dramatiquement ludique du viol pour les violeurs. 

15 hommes, rien que ça, aujourd'hui âgés de 29 à 33 ans, sont jugés à partir de ce mardi par la Cour d'Assises des mineurs du Val de Marne.

Mineurs?

Oui parce qu'au moment des viols dont on les accuse, ils avaient entre 16 et 20 ans.

Deux adolescentes alors âgées de 15 et 16 ont brisé la loi du silence en les accusant de viols collectifs entre 1999 et 2001.

C'est en 2005 que l'une des victimes, Nina, décide de parler. Et encore, il aura fallu qu'elle se fasse passer à tabac par l'un de ses agresseurs présumés, au détour d'une rue, au détour d'un regard, pour qu'elle révèle aux policiers que son agresseur de 2005 fait également partie de ceux qui l'ont violée pendant 6 mois en 1999.

Comme de nombreuses victimes de viols, Nina s'est tue. Pendant plusieurs années. de peur des représailles.

Sans doute par honte aussi. La honte des victimes de viol. Le corps sali, le corps bafoué, et l'honneur avec:
"Tous m'avaient dit que si je parlais, ils s'en prendraient à ma mère et mon frère. Je ne me laissais pas faire, je résistais aux coups mais ils étaient plus forts", a-t-elle déclaré dimanche au Parisien.
La première fois, elle avait 16 ans. C'était au dernier étage d'une tour. Le violeur était à peine plus âgé qu'elle. Les spectateurs: des ados en plein puberté, morts de rire, violents, insultants et menaçants.
Les viols suivants, c'est tous les jours. C'est quotidien. Dans des caves, des box, des parkings, des appartements. Devenue l'"objet sexuel" de ces "chiens enragés"; selon les propos de Nina, elle en a identifié une vingtaine dont 15 sont jugés à partir d'aujourd'hui.

Au cours de l'enquête, la police découvre l'existence d'une deuxième victime qui raconte avoir été victimes des mêmes agressions, dans les mêmes circonstances, dans le même quartier entre 2000 et 2001.

Les agresseurs présumés nient les viols évidemment mais soutiennent (évidemment) que les deux jeunes filles étaient consentantes.

Le procès durera jusqu'au 12 octobre pour les 15 accusés dont 12 étaient mineurs eu moment des faits. Tandis que deux d'entre eux, âgés de moins de 16 ans, comparaîtront devant le tribunal pour enfants de Créteil.
Et un suspect manque à l'appel. Il serait en fuite.

Quant à celui qui a tabassé Nina en 2005, aujourd'hui âgé de 30 ans, il croupit déjà en taule car il a été mis en examen pour l'assassinat de sa compagne, l'enlèvement et la séquestration de son fils en février 2010.
Source. Et à lire aussi cet article du Monde.

Je finirai ce billet par deux documents.
Le premier, le livre de Samira Bellil, Dans l'enfer des Tournantes, publié en 2002. Samira Bellil est décédée il y a 8 ans presque jour pour jour, d'un cancer.

Le deuxième, un film de Jonathan Kaplan, Les accusés, sorti en 1989 et dont le sous-titre de l'affiche reflète parfaitement les enjeux du procès qui s'ouvre aujourd'hui.
Je souhaite bien évidemment que justice soit faite, mais je souhaite surtout à ces deux femmes de trouver la force de tenir jusqu'au bout du procès et de retrouver la paix avec elles-mêmes, si tant est que cela soit possible.

2 commentaires:

  1. Si longtemps après... La justice est bien lente, même si dans ce cas il y a beaucoup d'accusés.

    J'ai assisté un jour à une scène atroce: une fille sortait de son procès pour viol, aux assises, et la famille et les copains des cinq inculpés étaient là, massés, hurlant des insultes et des menaces. Balance ! Salope ! Putain ! La police a évité le pire.

    Elle s'appelait Leïla, elle a dû déménager.

    En ce moment, par chez moi, la justice passe le plus grand nombre de viols en Correctionnelle, tant les Assises sont encombrées. Trois ans d'attente pour un viol simple, quand les faits sont établis, quand le violeur a avoué dès sa garde à vue... Trois ans d'attente, cela signifie quoi pour des jeunes filles de quatorze ans, et pour des violeurs du même âge ?

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    1. Je suis d'accord avec toi et les exemples que tu cites ne me surprennent pas hélas. Ils me choquent, mais ils ne me surprennent pas. Comme si la lenteur de la justice et le leitmotiv de "la vie continue" pour les accusés étaient "normaux"...

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