lundi 14 janvier 2013

J'ai deux mamans

J'ai deux mamans
Dans le débat autour du mariage pour tous, il y a un argument qui revient souvent chez les antis, et qui repose davantage sur l'homoparentalité que sur le mariage:
"Que vont dire les enfants à l'école? Ils vont se moquer de celui ou celle qui a deux papas ou deux mamans. Ça sera très dur pour cet enfant. Je veux bien que les personnes de même sexe se marient mais je suis contre l'homoparentalité car je pense avant tout à l'enfant."
Bon. Admettons. Dans un 1er temps, face à un tel argument, on se dit que ça part d'un bon sentiment. Et puis, on se dit ensuite que les enfants n'ont pas attendu l'homoparentalité pour être moqueurs, voire cruels entre eux.

Je vous épargnerai les moqueries du style "Ta mère en short devant le Prisu", car je pense surtout à ce que j'ai pu entendre, moi quand j'étais jeune, ou moi, plus vieille quand je travaillais avec les enfants (10 ans dans l'animation: si j'avais eu un blog à cette époque, j'en aurais publié des perles...)

Tout y passe: la coupe de cheveux, les fringues, le poids, la taille, la bagnole, la voix.
 - "P'tain la honte! Ta mère elle est énorme!"
 - "Nan mais t'as vu le père de Jeanne? On dirait un gorille!"
J'ai même assisté à des scènes où lorsque les parents venaient chercher leurs enfants, d'autres pouffaient de rire en direct live sans se cacher.

Et ces parents-là hein, ils étaient pas du même sexe... Enfin à première vue. 

Quant aux enfants entre eux, n'en parlons pas! 
  • Serpent à lunettes
  • Têtard à hublots
  • Gros lard
  • Grosse vache
  • Schtroumpf à lunettes
  • Poil de Carotte
Sans parler de la coupe de cheveux, des fringues, du poids, de la taille, du vélo, des rollers, de la voix.

Et puis quel parent - homo ou hétéro - n'a pas vu son fils ou sa fille rentrer un jour de l'école en larmes parce qu'untel ou unetelle l'avait traité de tous les noms, ou avait carrément insulté sa mère ou son père?
Je ne suis pas en train de dire qu'il faut rester passif face aux insultes, ou pire, la violence hein. Loin de moi cette idée.

Mais tout comme il faut apprendre aux enfants à accepter la différence, il faut aussi leur dire qu'un enfant avec deux papas ou deux mamans, bah c'est possible et que ce n'est pas la honte. 

Un peu comme j'ai été amenée à le faire quand j'ai expliqué à des enfants qu'il y en avait qui n'avaient plus de papa ou plus de maman, que ça peut arriver, que c'est comme ça et qu'on est pas tous pareils. 

Et donc, en farfouillant chez moi dans mon bazar, j'ai retrouvé ce joli texte de Christophe Honoré, que je voulais partager avec vous.

Il est extrait de Je ne suis pas une fille à papa, roman à partir de 9 ans, publié en 1998.
J'ai deux mamans.
Voilà ce que je réponds aux gens que je ne connais pas et qui me demandent qui je suis. Je le dis pas pour crâner, juste parce que c'est la vérité et que je n'aime pas trop qu'on me pose des questions. Aussi, c'est vrai, peut-être un peu pour crâner.
Oui, je sais, c'est pas incroyable incroyable. Je ne suis pas la seule. Cécile a deux mamans. Celle d'avant, du temps où son père était marié, et celle d'après, où son père était divorcé. Marie-Laure, pareil, deux mamans. Enfin, je dis deux, mais je suis loin du compte. En fait, elle a autant de mamans que de familles d'accueil : Maman Concourt, Maman Chemin-Vert, Maman Poissonnière, Maman Charles-de-Gaulle-Étoile... À chaque fois que Marie-Laure change de famille, elle donne le nom de la station de métro la plus proche à sa nouvelle maman.
Mais moi, l'incroyable incroyable vient du fait que j'ai deux mamans, et stop! Deux mamans qui vivent ensemble dans le même appartement, qui vont ensemble aux réunions de parents d'élèves, ensemble m'emmènent en vacances au bord de la mer. [...]
Ah oui, mes deux mamans ne font pas qu'aller ensemble aux réunions de parents d'élèves, elles s'embrassent aussi. Enfin pas pendant les réunions, mais avant, à la maison, ou après, dans la voiture, elles sont très, comment dire, bisous en veux-tu en voilà. D'ailleurs, c'est peut-être ce que je devrais annoncer en premier : j'ai deux mamans qui s'embrassent. Pour les gens, ce serait tout de suite plus clair, et moi, ça m'éviterait d'avoir à expliquer. Expliquer, c'est souvent long, ennuyeux et un peu effrayant. Toujours une petite peur qu'on se moque de moi, ou pire, qu'on ne me croie pas.
Et des textes comme ça, qui parlent de l'homoparentalité, il y en a des tonnes, et pour les enfants de tous les âges.

Et n'allez pas dire qu'ils sont publiés par des maisons d'édition marginales ou méconnues, car nombre d'entre eux sortent de l’École des Loisirs, rien que ça, excusez du peu!  

17 commentaires:

  1. Honoré, n'est-ce pas lui-même qui prétendait (sur Télérama, de tête) que sa plus grosse erreur, c'était d'avoir eu un enfant ? Que tous les homos devraient être stérilisés, un truc du genre ? Alors, les bons sentiments, hein...

    Quant à la cruauté innée des enfants, si elle existe, elle n'a rien à voir avec les questions existentielles d'un enfant. Prétendre le contraire, c'est éluder la question.

    Amicalement.
    Al.

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    1. Franchement, je n'ai aucune idée de ce qu'il a bien pu écrire ou dire et je n'ai pas cherché je l'avoue. J'ai partagé ce texte parce que je le trouvais bien.

      Et je n'élude rien hein. Je n'ai pas cherché à écrire un billet de pédopsychiatrie, juste rapporter des choses que j'ai vu et entendu c'est tout.

      Amicalement aussi ;-)

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    2. J'ai retrouvé l'extrait je crois...
      Sauf erreur de ma part, s'agissait en fait d'ironie hein puisque Christophe Honoré défend le mariage homo:
      Quant Télérama lui a demandé quelle avait été sa plus grande erreur, il a ironisé ainsi:

      "Je n’aurais jamais dû faire d’enfant, répond le cinéaste. Je comprends aujourd’hui combien cette erreur menace la sécurité de mon pays. Je ne sais vraiment pas ce qui m’a pris de prétendre à ce statut de père, moi qui embrasse si rarement des femmes. Comment réparer ma faute ? Attend-on de moi que je règle l’affaire en privé, par infanticide ? Ou bien dois-je rendre ma fille à la France en la confiant à un orphelinat ? Promis, dès que la loi imposera à tous les homosexuels du pays la stérilisation, je ne me défilerai pas".

      On conviendra que l'argumentaire n'est pas du meilleur goût mais qu'il est plus ou moins au même niveau que ce qu'on a pu entendre hier dans la manif...

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    3. je pense plutot qu'il tourne en ridicule les argumrnts frigido-barjodiens

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    4. Christophe Honoré a de l'humour !

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    5. Au temps pour moi, Eloooooody, j'avoue humblement (et vais de ce pas m'infliger une punition sévère faite de flagellations jusqu'au sang avant d'expier totalement ma bêtise -ou naïveté congénitale- dans un bain d'acide) n'avoir pas imaginé une seconde qu'il pût s'agir de second degré. Peut-être parce que (y compris chez les hétéros) parfois, on entend ce genre de choses.

      Quant à éluder, je reproche juste à ceux qui réduisent les questions existentielles de l'enfant aux "chahuteries" d'une cour d'école de le faire.

      ;-)

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    6. OK.
      Mais je ne les réduis pas. Je ne dis pas que l'enfant ne se posera aucune question. D'ailleurs les enfants n'ont pas attendu de grandir dans des familles homo pour s'en poser des questions!
      Je répondais juste aux antis qui font de la moquerie infantile un argument

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    7. Sinon pour ta punition, je veux bien des photos hein

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  2. Je défends le mariage "homo", je participerai avec plein d'amis à la Manif du 27 janvier.
    Mais je ne puis entendre "J'ai deux mamans" petite phrase mignonne d'un tout petit qui ne vit que d'amour, sans entendre la plainte du même enfant plusieurs années plus tard, quand il est sorti d'une phase d'amour fusionnel avec ses mères et s'en "sépare" comme tout enfant : "J'ai deux mamans, mais je suis né de père inconnu ! Qui est mon père ? A qui je ressemble ? Pourquoi a-t-il fait un don de sperme ? Connaissait-il celle de mes mères qui m'a porté ? Pourquoi lui a-t-il "offert" un enfant ? C'est quoi un cadeau ? Est-ce que c'est toujours gentil un cadeau ? Est-ce qu'un cadeau ne peut être une dette imposée à quelqu'un ? Est-ce que mon père ne connaissait pas ma mère ? Est-ce qu'il savait qu'il allait mourir et a voulu laisser une trace sur la terre ? .... "
    Toutes les hypothèses sont possibles ...
    Hypothèses qui taraudent ! ...
    Enfant pour tout le monde, oui !
    Enfant de personne, NON !
    Plus d'enfant - et ce, que ce soit pour les parents homosexuels ou pour les parents hétérosexuels ! - sans respect du droit de l'enfant à connaître ses origines!
    Ce droit est garanti par les articles 7 & 8 de la Convention international des droits de l'enfant. Cette Convention a été ratifiée par la France ! Or, l'article 55 de la Constitution dit que le Président de la République est garant du respect de nos engagements internationaux.
    Tous ces éléments humains et juridiques, concourent à vouloir que très vite, le Comité national Consultatif d'Ethique et le Parlement, proposent un projet de réforme du droit de la famille qui prévoie la levée du secret sur l'identité du "donneur", l'extension de l'AMP (assistance médicale à la procréation) aux homosexuels et un statut pour les "tiers" au triangle couple parental-enfant, c'est à dire le "donneur" dans le cas d'AMP, le "beau-parent" dans le cas de recomposition familiale ...etc.
    La naissance sous X. devra être abolie : en ce sens que si une mère se trouve dans une situation où elle doit être protégée, les modalités de sa protection, en aucun cas la protection ne doivent aboutir à priver son enfant du droit de savoir qu'elle est sa mère, quelle est l'histoire de sa famille d'origine, de sa conception, du choix qu'a fait sa mère de ne pas l'élever et de le confier en vue d'adoption.
    L'adoption simple sera privilégiée. Le placement en vue d'adoption comprendra un accompagnement spécifique pour aider les parents à accéder à l'idée que le droit de l'enfant à ses origines et le droit à l'enfant des parents prenant racine dans leur désir d'enfant, dans leur humanité la plus belle et la plus vulnérable, se sont pas opposés mais conciliables.
    Bz à toi.

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    1. Apo,

      Pardonne-moi mais je n'ai pas suivi tout le fil de ta pensée.
      Perso, je pense que vouloir connaître sa mère ou son père biologique est une question qui se pose autant chez les enfants d'hétéros que chez les enfants d'homos.

      Je n'y connais rien en législation mais je pense à un truc:
      Si je décide de faire un don d'ovocytes et que mon ami décide de faire un don de sperme, uniquement dans le but de permettre à des gens d'être parents, je n'ai aucune envie que dans 15 ou 20 ans, un jeune homme ou une jeune fille débarque dans ma vie pour faire ma connaissance hein!

      "Enfant de personne"? Je ne comprends pas cette remarque. On est l'enfant de ceux qui nous élèvent, subviennent à nos besoins et nous apportent l'amour qu'il faut.
      Les enfants savent parfaitement qu'il est impossible de venir au monde sans un homme + une femme.
      C'est aux parents aussi d'expliquer à leur enfant le pourquoi du comment il est leur enfant.

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    2. Tu n'es peut-être pas apte à faire un tel don, au sens que lui donne le Comité Consultatif National d'Ethique. Car il ne s'agit pas de "donner" une "pièce détachée" à des gens qui ont besoin de réparer leur lave linge. Mais d'aboutir à la naissance d'un être humain qui a des droits "naturels" dirait Rousseau, parmi lesquels, le droit de savoir qui, biologiquement, l'a engendré.
      Que tu le veuilles ou non, la filiation ne se réduit ni à une transmission biologique, NI au seul lien filial social !
      Et tu le sais, j'en suis sûre. Mais dans ta générosité, tu le dénies.
      Amitiés

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    3. Euh...
      Mais pourquoi je pourrais pas être apte? Et celui qui donne son sperme c'est pareil non?
      Et puis je sais bien que c'est pas une pièce détacher évidemment!
      Mais enfin qu'est-ce qui empêche des parents d'expliquer à leurs enfants la vérité tranquillement?
      Et en effet, la filiation ne se réduit pas au lien biologique ou au lien social.
      Mais je ne comprends toujours pas où est le problème et je ne suis pas dans le déni.

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  3. Quand on pense qu'avec une seule mère, un homme sur trois au moins finit sur le divan du psy, on imagine les ravages avec deux…

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    1. et bien au contraire... Peut-être que ça temporisera les relations mères-fils...

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  4. Je plains la fille de ce Christophe Honoré. C'est ravageur pour l'enfant. Atroce.

    Sinon, ce débat est vraiment un débat de moyen-âge vu de chez moi où les couples féminins qui ont des enfants passent pour un phénomène archinormal. Quant aux enfants des écoles, ils s'en foutent ici des différences. Il y en a tellement ! La seule chose qui les poussent à stigmatiser leurs camarades c'est la question des marques de vêtements et les nouveaux gadgets technologiques. Malheur à celleux qui ont été habillé.e.s avec des fripes seconde main sans marque et dont les parents ne possèdent pas le dernier smartphone machintruc.
    Le fric est le SEUL facteur de discrimination.
    Ce sera la même chose en France.

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    1. Je suis d'accord avec ta conclusion.
      En revanche, il faut voir la réplique de Christophe Honoré comme une réponse du même niveau que les conneries qu'on entend depuis le début de ce débat?

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