samedi 30 mars 2013

De l'assistanat des riches

trou de la sécu
Il m'arrive de ne pas être d'accord avec Stef, mais c'est rare.
Mais aujourd'hui, nous sommes sur la même longueur d'ondes.
C'est une sacrée bonne question.
Mais qui en soulève une autre, et non des moindres:
"C'est quoi un riche?"
Parce qu'on est toujours le riche ou le pauvre de quelqu'un. Et quand on entâme ce genre de débat avec quelqu'un, on aura forcément le droit à ce genre de réplique:
"Faut arrêter de croire que quand on gagne 3000€ nets par mois, on pète dans la soie et qu'on est jamais dans le rouge à la fin du mois".
Ce à quoi tu je peux répondre:
"Nan mais d'accord hein. Mais c'est quand la fin du mois pour toi? Et c'est quoi être dans le rouge?"
Parce que tu vois, y'a des gens pour qui la fin de mois, c'est le 15, voire le 5. Voire même: 24h après avoir touché un salaire, une ARE ou un RSA. Autrement dit, les 24 heures légales et minimum pendant lesquelles ton compte doit être positif sur un mois.
Pour ces gens-là, le rouge, il est cramoisi tu vois. Il tourne même au vinaigre.

Après tu peux embrayer sur l'indécence de certains salaires. Attention, je te parle pas du type qui gagne 1 million d'euros par an. Mais par exemple, celui ou celle qui touche ne serait-ce "que" 20 000 € nets par mois.
On va te dire:
"Nan mais c'est normal. Le type est qualifié, diplômé, compétent. Il fait bosser 350 personnes, c'est pas rien quand même."
Admettons.
Sauf que là tu t'interroges deux minutes et tu te demandes combien ils sont sur ces 350 personnes à gagner le SMIC ou 2 fois le SMIC.

Redescendons deux secondes sur terre, et intéressons-nous à celles et ceux qui gagnent 2200€ nets par mois. Ce n'est pas indécent, loin de là.

Et pourtant. Comment expliquer alors que 72% de la population gagnent moins de 2200€ par mois?

Quand tu vas sur le site de l'Observatoire des Inégalité, tu peux utiliser un petit outil qui va te permettre de savoir si tu es riche ou pauvre. Inutile de te dire qu'il y aura toujours quelqu'un de plus pauvre ou plus riche que toi. Donc, dans l'absolu on n'est pas plus avancé.

Toujours est-il qu'à l'heure où le débat est relancé sur une meilleure répartition des allocations familiales, la question du seuil à partir duquel elles seront sucrées se pose.
Et je serais bien mal placée pour y répondre puisque je n'ai pas d'enfant.

Ce débat est une vieille marotte. Il ressort régulièrement.
Je me souviens d'une époque (il y a une vingtaine d'années), où ma mère, alors cadre dans une multinationale informatique, avait en charge les "détachés internationaux". Déjà à cette époque, elle disait:
"Je ne comprends pas que des gens qui gagnent 30 000 francs par mois touchent des allocations familiales".
Donc, ce n'est pas nouveau. Mais à cette époque et selon ses dires, la simple évocation d'une meilleure répartition des allocs provoquait l’ire générale de la population et des politiques. Au nom de son principe universel, il ne fallait pas y toucher.
Et puis ce n'était pas la crise.
Quoique... J'appartiens à la génération qui a été bercée par le leitmotiv du "que veux-tu c'est la crise".

Aujourd'hui, 66% des Français sont favorables à une prise en compte des ressources pour réajuster la répartition des allocs. Profitons-en! C'est le moment!

Et là, c'est vraiment la crise.

D'ailleurs, François Hollande l'a dit:
"Il n'y aura pas de fiscalisation des prestations familiales, parce que c’est absurde. [...] Que les plus hauts revenus aient les mêmes allocations, non! Ça sera revu".
Nous y sommes. Et je suis pour, tu t'en doutes. Je connais pas mal de gens qui le disent aussi:
"Franchement, je touche des allocations familales mais je n'en ai pas vraiment besoin. Ça m'a toujours étonné que j'y aie droit."
Reste à savoir comment cette réforme sera envisagée:
  • Les allocs seront-elles dégressives proportionnellement aux ressources?
  • Seront-elles tout simplement supprimées au-delà d'un certain revenu?
  • Seront-elle alignées sur les tranches fiscales?
Certains sont toujours contre aujourd'hui, au nom des acquis sociaux, au nom d'un universalisme immuable et d'une égalité totale. Sauf qu'aujourd'hui, c'est du blabla.
Les écarts sont tels entre les "riches" et les "pauvres", les mégariches et les hyperpauvres, qu'on ne sait même plus où se situer. Certains ont le sentiment d'appartenir à la classe moyenne alors que plus de la moitié de la population gagne moins qu'eux.

Selon l'Observatoire des inégalités, on appartient à la classe moyenne quand on touche un salaire net mensuel compris entre 1 200 et 1 840€ pour des temps complets. Ce qui paraît assez logique puisque la moyenne serait donc de 1 520€ nets, soit 400€ de plus que le SMIC et que 39% de la population gagne moins.
Logique mais flippant.
Les frontières des niveaux de vie
Source
Du coup, j'en arrive à me demander s'il ne faudrait pas aller encore plus loin dans la réforme des aides en général.
Je vais sans doute m'attirer les foudres de certains et passer pour une fausse gauchiste à qui il manque quelques poils dans les oreilles, mais tant pis. Je pose juste la les questions.

  • Puisque les APL sont déjà basées sur les ressources, pourquoi les allocations familiales n'obéiraient-elles pas aux mêmes critères?
  • Et dans ce cas-là, ne pourrait-on pas envisager sérieusement un alignement des remboursements médicaux selon les mêmes critères? 
Il va de soi que j'exclus direct de cette question les personnes souffrant de pathologies lourdes et qui nécessitent des dépenses considérables au quotidien, justifiant pleinement une prise en charge à 100%. 
  • Mais est-il normal, pour prendre un exemple radical, qu'un exilé fiscal qui pète dans la soie en Belgique, en Suisse ou ailleurs, revienne en France se faire poser une couronne qui lui sera remboursée 70% par la Sécu?
  • Est-il normal que celui qui gagne 5000€ nets par mois soit aussi bien remboursé pour son bridge qu'une personne gagnant le SMIC et qui n'aura peut-être même pas les moyens de s'offrir une complémentaire santé digne de ce nom?
Et je ne te parle pas de soins de confort hein. Je te parle de soins dentaires. 

Je m'interroge. Et mes questions vont bien au-delà d'une simple réforme fiscale. 

Et pour conclure, j'ai bien aimé l'intervention de François Cluzet hier sur Canal+. On me dira que c'est démago, que c'est du blabla de people et que c'est facile à dire quand on est François Cluzet. C'est pas grave: je vais faire mienne sa déclaration.

"Il y a pire que de payer des impôts, c'est de ne pas en payer"
 

14 commentaires:

  1. Et bien, je ne t'ai pas lue mais on a eu la même idée, tiens, c'est en plus simple ce que j'ai dit sur mon blog dans mon dernier billet (et en moins gentil), comme quoi...
    Je te rajoute en lien

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  2. C'est bien joli, mais je me demande si ce n'est pas le meilleur moyen d'attiser la haine de classe. Le type auquel on remboursera moins sur son bridge, je serais surpris qu'il ne regarde pas le pauvre comme une sorte de privilégié, qui bénéficie indûment d'un service pour lequel, lui, plus aisé, a aussi cotisé, et de montants bien supérieurs à ce qu'a pu payer le pauvre, ce parasite suceur du sang de ceux qui ont réussi. Ensuite, suivra une revendication pour l'abolition de la Sécurité Sociale, de la solidarité nationale, et pour que chacun se débrouille avec une assurance privée, ce que j'ai déjà rencontré dans certaines discussions avec des gens qui se présentent comme des libéraux (et qui sont plutôt des libertariens) et qui disaient qu'ils ne devaient payer que pour eux-mêmes et leur famille, pas pour les autres qui n'avaient quà avoir fait de meilleurs choix, que c'était une injustice, et que le mot solidarité les faisaient vomir (voir les USA où les gens aisés ne cessent de contester toutes les aides sociales des plus pauvres).

    Comme je l'ai dit chez Stef, je suis d'accord avec Mélenchon sur ce sujet, et, à mon humble avis, il vaudrait mieux, pour rétablir un certain équilibre, une vraie réforme fiscale (c'est déjà audacieux, mais la solution qui a ma préférence l'est encore plus et pourrait provoquer des accidents cardiaques).

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    1. Je suis assez d'accord avec ce commentaire...Si on abolit le principe selon lequel chacun paye en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins (principe des cotisations sociales mais aussi principe de l'impôt), c'est la solidarité nationale (qui représente encore un amortisseur social face à "la crise"), qui est détruite et, en effet, c'est la porte grande ouverte aux discours sur "l'arabe qui vient manger le pain des Français"...
      Toutes les branches de la Sécu (maladie, famille, retraites) sont malades d'un manque de recettes du fait de la destruction massive d'emplois...Il y a peut être un débat à engager sur cette problématique : combien de citoyens font le lien entre emploi et Sécu ?
      Merci pour ce billet en tout cas, et merci aussi pour le petit outil de mesure qui m'a permis de constater que je ne suis ni riche, ni pauvre ! Bref je suis un français moyen qui doit oublier la lutte des classes !

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    2. Je comprends mais je ne parle pas d'abolir le principe selon lequel chacun paye en fonction de ses moyens et reçoit en fonction de ses besoins, je me demande seulement s'il ne serait pas possible de revoir des proportions: rembourser moins et aider moins les plus favorisés.

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    3. Ça ne changera rien : le type qui sera moins remboursé trouvera toujours injuste de l'être moins que son voisin plus pauvre, attendu qu'il paie plus en cotisations. Vous aurez beau lui expliquer qu'il paie plus et est moins remboursé parce qu'il est plus à l'aise, il n'en démordra pas, et finira par considérer celui qui reçoit plus comme un parasite. L'homme est ainsi fait. S'il paie plus et reçoit autant, il ne le ressent pas comme une injustice, mais comme un geste de solidarité.

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    4. Je comprends... Toujours est-il que s'il n'a pas le choix, on est en droit de se demander si de telles mesures ne seraient pas malgré tout bénéfiques.
      Je suis une grande naïve...

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  3. C'est tout simplement une question de bon sens, je trouve !

    Si le système au nom de l'universalité était pertinent au sortir de la guerre (surtout qu'il y avait également un objectif "politique", c'est-à-dire assurer la relève et l'unité du pays), il n'en demeure pas moins qu'il doit être vraiment et sérieusement repensé.

    Espérons qu'on aura le courage d'aller en ce sens, histoire de faire des économies (c'est à la mode ^^') tout en préservant notre système social basé sur la lutte contre les inégalités et la solidarité !

    Mais curieusement, la droite et l'UDI, si prompts à faire des leçons de gestion à la gauche, sont bien silencieuses !

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    1. Oui! A part crier au voleur au nom des plus favorisés, on ne les entend guère en effet.

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  4. La solution la plus simple serait pourtant de les fiscaliser... En en profitant pour revoir l'inique QF (en plafonnant chaque part fiscal).
    Tout le monde recevrait autant, comme avant.

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