jeudi 21 mars 2013

Que faire de la bombe?

que faire de la bombe?
Il y a quelques semaines, Nicolas a rédigé un billet fort instructif sur l'armée.
Ce matin, je vous parlais foot, et me voici maintenant sur le point de vous parler bidasseries... Comme quoi, les blogueuses ne parlent pas que chiffons et tambouille.

Dans le billet de Nicolas, il est question des réductions budgétaires de l'armée et en gros, si j'ai bien compris, l'armée de l'air et la marine craignent le pire.
Pour autant, il cite l'exemple d'un copain qui est dans la marine et qui a au-dessus de lui 5 officiers, alors qu'un seul, voire deux, suffiraient amplement. Et il conclue sont billet ainsi: 
"Ce que j'ai retenu des propos de mon pote marin à Paris: l'Armée s'attend à une grosse baisse de budget. Étalement des achats d'armement, baisse des effectifs, réorganisation, précision des missions,... [...] La Marine et l'Armée de l'air sont très inquiètes."
C'est d'autant plus surprenant que nous sommes matraqués au quotidien (TV, affiches 4x3, presse) par des campagnes de recrutement massif en faveur de l'armée.

Pour le moment, tout le monde est dans l'attente insoutenable du fameux livre blanc de la Défense qui devrait annoncer ou suggérer un certain nombre de réformes directement orientées vers une réduction budgétaire drastique.
Tout est envisagé:
  • vente ou mise sous cocon du porte-avions Charles-de-Gaulle,
  • suppression de 50.000 postes,
  • arrêt du Rafale (source).
Et hier soir, au JT de France 2, on parlait même de "scénario du pire".

Un général, un parmi les presque 4000 que comptent l'armée française, ne cache pas son désarroi:
"Nous avons un outil opérationnel performant et jalousé même si nos armées ont bien sûr des lacunes, une industrie de l'armement parmi les meilleures au monde, qui emploie des salariés non délocalisables et nous allons vraisemblablement tout casser" (source).
C'est bien tout le problème. L'armée française embauche plus de 75 000 civils et plus de 350 000 militaires en activité, soit un total de près de 435 000 personnes.

effectifs de l'armée française

Mais l'armée poursuit ses campagnes de recrutement, elle est innovante, elle rapporte des sous, mais dans le contexte actuel, il faut faire des économies. C'est le serpent qui se mord la queue.

Comment réduire les dépenses liées à la défense tout en gardant une armée compétitive, innovante... Mais aussi dissuasive?

Parce qu'hier soir donc, au JT de 20h, il était question de savoir si oui ou non il est encore indispensable de nos jours de conserver l'arme nucléaire... qui coûte extrêmement cher... Et dont finalement personne ne veut se servir.

Et le choix qui s'offrirait donc à l'armée française c'est:
  1. Un scénario noir
  2. Un scénario catastrophique
Belle alternative! 

Au sujet de la bombe atomique, deux positions s'affrontent. Et elles sont reprises dans la vidéo ci-dessous.
Paul Quilès, ancien Ministre de la Défense, auteur de Arrêtez la Bombe.
Vincent Desportes, Professeur à Sciences-Po, ancien directeur de l'Ecolde de Guerre.
1ère question: que faut-il faire de la bombe?

Pour Vincent Desportes, pas question de se séparer de l'arme nucléaire car la posséder c'est l'assurance ultime de la nation. Il pense que la place de la France sur la scène internationale, sa place au Conseil se Sécurité de l'ONU tient en partie au fait qu'elle possède l'arme nucléaire.

Selon Paul Quilès, c'est une arme très couteuse contrairement aux idées reçues, évidemment dangereuse et qui entraîne un gaspillage de pognon difficile à quantifier et qui pourrait être utilisé à meilleur escient (le pognon hein, pas la bombe). Il ajoute, et c'est pas faux, que dans toutes les interventions récentes, que ce soit la France au Mali ou les USA en Afghanistan ou en Irak, on n'a pas eu recours au nucléaire.

2ème question: si la France rogne sur son budget, va-t-elle devenir une puissance de second rang?

La réponse de Paul Quilès est sans appel: l'idée que la France doit avoir du prestige et qu'elle doit être capable de répondre à toutes les demandes dans le monde entier, ce n'est pas sérieux et cela ne correspond plus au monde d'aujourd'hui.

Quant à Vincent Descombes, si la France se sépare de l'arme nucléaire, elle court à a la relégation en 2ème ou 3ème catégorie et la relégation et ça, mon p'tit bonhomme: c'est grave. Et si la France arrive à se faire entendre dans le monde, c'est aussi parce qu'elle a une défense solide. Sous-entendu: la bombe.



Comme tu l'auras peut-être deviné, étant profondément anti-militariste, je t'avoue que l'idée que quelqu'un puisse un jour appuyer sur le bouton, ça me débecte quelque peu.

Et puis la Guerre Froide, elle est finie depuis belle lurette.
Alors on pourra m'avancer toutes sortes d'arguments pro-bombe, je crois que j'aurais du mal à être convaincue. 

Je pense aussi qu'il n'y a pas de raison que la Défense ne soit pas touchée elle aussi par les réductions budgétaires. Mais par où commencer?
Après tout, 3/4 des pays ne l'ont pas cette fichue bombe et je n'ai pas l'impression qu'ils soient considérées comme des pays de seconde zone à l'échelle internationale.

Pour réduire les frais, peur-être qu'on pourrait commencer par ralentir voire stopper le recrutement pendant quelques temps, arrêter les spots publicitaires et déchirer les affiches, répartir les effectifs autrement et plus équitablement sur l'ensemble du territoire, limiter les frais en matière en matière de défilé du 14 Juillet...

Enfin, je ne sais pas... mais il doit bien y avoir une solution qui satisfasse tout le monde non?

18 commentaires:

  1. Sans trop de surprise, j'aime bien la position de Quilès

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  2. Vive Quiles...

    Mais le recrutement est autre chose. Il faut des gens de 18 à 20 ans... Les contrats sont courts. Ce qui ne va pas ce sont les vieux. Les non combattants.

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    1. Oui mais on peut ralentir le recrutement quelques temps non? 18 ou 25 ans même combat non?
      Et les vieux oui: il y en a trop. La hiérarchie est trop lourde et les armes trop ramifiées. Il n'y a pas assez de "correspondances" entre les différents corps et armes.
      Mais vive Quilès oui.

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    2. Non. On ne peut pas ralentir. Il fait des forces combattantes. Ce ne sont pas les troupes qui pèsent sur le budget.

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    3. Oui il faut des forces combattantes je suis d'accord sur ce point. Mais pourquoi ne pas mettre en stand-by le recrutement des non-combattants quelques temps?
      Parce que les campagnes ne s'adressent pas qu'aux futurs combattants si?

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    4. Je reviens ! J'enquête.

      Tes chiffres sont bizarre. Je lis dans Wikipedia : "Elle dispose d'un effectif en 2011 de 296 493 personnes, dont 228 656 militaires et 67 837 civils" ce qui fait une différence de 100 000 par rapport à tes chiffres, ce qui correspond d'ailleurs aux effectifs de la gendarmerie ce qui doit expliquer la différence (ils sont encore partie officiellement des forces armées mais sont rattachés pour le budget et les missions au ministère de l'intérieur).

      Par ailleurs, tu trouves sur le site du Ministère :
      "Le ministère de la défense est un des principaux recruteurs de l'État avec l'embauche de plus de 20 000 jeunes, militaires et civils, chaque année."
      et
      "Chaque année, près de 30 000 militaires retournent à la vie civile."

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    5. Donc ça voudrait dire une différence de 10 000, soit seulement 10 000 recrutements par an c'est ça?
      Mes chiffres sortent de l'annuaire statistique de la Défense pour 2009-2010, mais en effet, la différence pourrait bien être celle de la gendarmerie.

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    6. Si je comprends bien, ça fait au moins 10 000 militaires en moins par an.

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    7. Purée je suis désespérante de nullité mathématique.

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  3. c'est marrant comme on estime la puissance d'un pays à son armée plutôt qu'à ses indicateurs sociaux... on est que 65 millions, déjà qu'on consacre une part délirante de nos impôts à cette armée dont les armes sont obsolètes au bout de deux ans avec une hiérarchie lourdingue et inefficace, même en y consacrant encore plus d'argent, on pourra jamais se mettre au niveau des USA, de la Chine, de l'Inde avec leurs milliards (de gros sous ou d'habitants).
    Il faut faire une croix sur ce besoin pathologique de nos élites de garder la "grandeur de la France", (les Unes dithyrambiques des journaux quand un président américain adresse deux mots à l'un de nos présidents, c'est juste complétement délirant). La "grandeur" de la France venait de l'époque colonialiste, il faut faire une croix dessus, accepter que nous ne sommes que 65 millions d'habitant, que nous ne pourrons jamais rivaliser avec les plus grands et qu'il est grand temps que le pays des Droits de l'Humain (ajouter les trémolos dans la voix) accepte l'idée de ne pas être supérieur aux autres pays mais égalitaire (vous savez comme dans égalité, fraternité, liberté?). Et que oui trop dure la vie, on ne peut plus imposer des traités inégalitaires à notre profit aux autres pays. On a largement profité de ressources énergétiques, agricoles et minières pas chères, et maintenant on est pas content parce que ces salauds de pauvres du tiers-monde font monter les prix?

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    1. Il faut réformer c'est indéniable.
      Et c'est vrai aussi que "rayonner" dans le monde uniquement grâce à une armée efficace me laisse perplexe.

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  4. La France dominatrice du Général n'existe plus, bientôt les contemporains du Général n'existeront plus non plus ... les réformes nécessaires se feront d'elles-mêmes. Pour la puissance nucléaire, je ne sais que penser à l'heure où l'Irak, la Crée du Nord etc, en sont dotées, même si ce n'est qu'une force dissuasive, enfin je l'espère.

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    1. Je ne crois pas que les réformes nécessaires se feront d'elles-mêmes. Je ne sais pas ce que contiendra le livre blanc.
      J'espère que les pistes de réflexion seront inspirantes...

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  5. Perso je crois qu'il faut maintenir la part actuelle de la défense dans le budget de l'Etat.

    De plus en plus, l'ONU sollicite "les grandes puissances" pour faire le gendarme et plus ici ou là. Par conséquent il est necessaire d'avoir troupes et matériels en état de répondre à ces missions.

    Pour le nucléaire la encore, même si la dissuasion peut paraître abstraite, elle me semble nécessaire au moment même où des pays comme l'iran, la corée du nord ont ou sont en passe d'avoir cette arme terrible.

    Il est toujours préférable de faire peur et par conséquent conservons et développons nos équipements pour se faire.

    merci pour cet excellent billet bien docuemnté.

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    1. Merci Jeff.
      Je comprends parfaitement tes arguments et loin de moi l'idée de sabrer dans tous les sens le budget.
      Il est néanmoins évident qu'il faut faire quelque chose pour avoir une armée dissuasive et performante ET rentable aussi.
      Car, m'est avis que le nombre de planqués dans l'armée dépasse parfois l'imaginable.

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  6. Sympa l'article, mais attention aux conclusions assez simplistes...

    400 000 fonctionnaires se sont aussi 400 000 consommateurs. Il n'y a qu'à aller demander aux commerçants et artisans des villes où l'on supprime des casernes ce qu'ils en pensent. Par ailleurs les milliards d'euros d'économie ainsi espérés ne sont rien par rapport aux dizaines de milliards d'euros que les investissements militaires apportent directement ou indirectement à notre économie.

    Donc se contenter d'arracher les affiches de recrutement, non. Je ne me prononcerai pas sur la nécessité d'une armée puissante dans le contexte international, là n'est pas le propos. Mais qu'est-ce qu'on fait des jeunes qu'on refoule ainsi. On leur tend une pelle, une pioche et on leur dit de creuser des trous ?

    Avant de parler de suppression de postes et de milliards d'euros d'économie il faudrait plutôt réfléchir à ce que l'on ferait en compensation. Entretien du territoire, gendarmerie de proximité, travaux d'intérêt généraux,... Il y a sûrement des idées à prendre à droite à gauche. Mais dans un contexte de chômage à 10%, c'est pas de la tarte !

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    1. Oui oui j'entends bien.
      Je pose des questions hein.
      Je ne dis pas qu'il faut dire aux jeunes: "demi-tour, l'armée c'est fini".
      Je m'interroge sur une régulation du recrutement, c'est tout.

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