mardi 19 août 2014

Mes grands-parents, la guerre... et moi

Hier sur Facebook, Cycee a partagé un billet de Jegoun qu'il a rédigé le 16 août et qui m'avait échappé. Je l'ai lu juste avant de dormir et il m'a un peu retourné le cerveau.
Il y parle de sa famille, de Loudéac et de la Seconde Guerre mondiale.

Depuis plusieurs années déjà, je suis passionnée par la Seconde Guerre mondiale. Lorsque j'étais en 3ème, j'ai participé au Concours National de la Résistance. J'avais choisi d'étudier Pierre Brossolette. J'avais fini 1ère du département de l'Essonne. J'avais gagné pléthore de bouquins sur la période et j'avais effectué un voyage avec d'autres lauréats au Mont Mouchet.

Ce fut, je crois, le point de départ d'une vocation d'historienne qui ne m'a plus quittée depuis. Mes grands-parents ont toujours joué un rôle important dans mon cursus. Je leur ai dédié ma maîtrise, puis mon DEA, puis ma thèse. Mon grand-père a plusieurs fois versé des larmes en lisant ma maîtrise ainsi qu'à la fin de ma soutenance de thèse.

Il y a 18 mois, mon grand-père est tombé gravement malade. A l'âge de 90 ans, les médecins étaient plus que pessimistes. Et puis, allez savoir pourquoi et comment, il a repris du poil de la bête.
Ma grand-mère a 91 ans, mon grand-père 92. Ils sont respectivement nés en 1923 et 1922. La guerre, il l'ont bien connue, ils l'ont vécue. Mon grand-père est parti au STO pendant que ma grand-mère, fille de cafetier, côtoyaient les Allemands qui squattaient le café de ses parents. Ils vivaient à Saint-Avertin en Indre-et-Loire. La ligne de démarcation longeait le Cher et la zone était donc particulièrement surveillée.

Il y a un peu plus de 2 ans, pendant près de 2 heures, j'ai interviewé mes grands-parents, je les ai enregistrés pendant qu'ils me racontaient leur guerre. Plus ou moins à la même période, ils ont également été interviewés pour un dvd sur le même sujet.
Depuis cette date, je me dis qu'il serait temps de retranscrire cette double interview. mais je ne saurais expliquer pourquoi je repousse chaque fois l'échéance.

Mon grand-père parle avec une relative facilité de cette période. A chaque fois qu'on évoque le sujet, il nous sort une nouvelle anecdote de derrière les fagots. Comme il le dit lui-même: 
"J'en ai fait des conneries quand j'étais au STO. On peut pas dire, mais les Boches, ils étaient quand même pas très finauds".
Quand j'étais petite, il avait pris l'habitude de nous faire rire en imitant l'Allemand qui faisait l'appel le matin en hurlant les matricules et les noms de famille des travailleurs français. 

Ma grand-mère, elle, c'est différent. Elle ne parle pas de la guerre. Obtenir son témoignage est très difficile. Elle a beaucoup souffert de l'Occupation. Mon grand-père lui manquait et les Allemands étaient particulièrement lourds avec "la fille du cafetier".
D'ailleurs, lorsque je les ai interviewés il y a deux ans, mon grand-père était très loquace comme d'habitude, mais ma grand-mère, elle tournait autour du pot, faisait des digressions et ne répondait pas trop aux questions. Ce qui ne l'empêchait pas de répondre à la place de mon grand-père aux questions que je luis posais à lui.

Pourtant, des anecdotes, elle en a. Comme cette fois où elle a inversé des panneaux directionnels pour que les Allemands se plantent de chemin, ou encore quand elle a crevé les pneus d'une mobylette allemande garée non loin du café.

La guerre a laissé des traces dans leur vie quotidienne. Mes grands-parents ne jettent rien. Ma grand-mère est un cordon bleu qui n'a pas son pareil pour "accommoder les restes". Pas question de jeter ne serait-ce qu'une demie-carotte ou un quignon de pain:
"Vous les jeunes, ça se voit que vous n'avez pas connu la guerre!"
Et puis, ma grand-mère, cette mode des "légumes oubliés", crois-moi que ça la fait doucement rigoler. Pas question de lui faire manger des topinambours ou des rutabagas. Pas question de lui faire boire de la chicorée non plus. Ça lui rappelle trop de mauvais souvenirs, comme elle dit.

Mes grands-parents se sont mariés en septembre 1945. L'année prochaine si leur état de santé le permet, mais rien n'est moins sûr, ils fêteront leurs 70 ans de mariage. Des noces de platine... Un truc en voie de disparition c'est évident. Quant au repas de mariage, c'était carrément une vengeance sur les 5 années de privations passées.

Juge par toi-même:


Je crois que le billet de Jegoun m'a encouragée à te parler de mes grands-parents. Et je crois que le prochain billet sur le sujet sera bien plus parlant si tu vois ce que je veux dire.

En attendant, je pense que nous avons raison de parler de la guerre car, dans moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, ils ne seront plus là les témoins de la première heure. 

63 commentaires:

  1. Et comment voulez-vous que je trolle un billet pareil, moi ?

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    1. Faites un effort! Vous allez bien trouver une faute d'orthographe ou de grammaire non?

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    2. Un faute d'orthographe ? Vous me prenez pour un troll stagiaire ou en emploi d'avenir ? Un vrai troll diplômé ne s'arrête pas à ces bêtises, sachez-le !

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    3. UN faute, non... Mais UNE faute, peut-être?

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    4. Je pourrais essayer de vous faire croire que je l'ai fait exprès, mais même pas…

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  2. Les embrasser bien fort et transmettre nos remerciements...

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  3. 70 ans de servage, pour votre grand-mère, et ça ne vous fait pas faire des bonds ?

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    1. Une féministe qui défend le mariage ? On aura tout vu.

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    2. Il est rentré de vacances et est toujours aussi con, le Marco ! Le voilà à dicter les valeurs des autres.

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    3. Révisez vos connaissances sur le féminisme et on en reparle. Tous-tes les féministes ne sont pas contre le mariage. Ne me faites pas dire ce que je n'ai jamais dit.
      Je ne défends pas le mariage, j'admire le lien qui unit mes grands-parents depuis 70 ans. NUANCE.

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    4. Son commentaire est complètement débile et je le mets au défi de trouver une théorie qui affirme que tous les féministes sont contre le mariage ou que moi-même je l'aie écrit ici. N'importe quoi.
      Troller pour troller, aucun intérêt.

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    5. Mais ce n'est pas du vrai trollage, il est réellement très con. Il a des a priori sur tout. Sûr de lui il peut définir ce qu'est la droite, la gauche, le féminisme.

      Alors je t'explique : dès que ton grand père a fécondé ta grand mère, elle aurait dû se barrer et élever le (ou la, au fait) toute seule en bonne féministe.

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    6. Il ne faut pas trop en vouloir à Marco : comme Robert Marchenoir semble être en vacances, il est un peu en manque de partenaire de pugilat du côté de chez moi…

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    7. Si.
      Trémolos dans la voix, larmes plein le visage... Il peut troller tant qu'il veut. il peut me contredire mais douter de la sincérité de tel ou tel argument ou billet, là non.
      Ma graaaaande tolérance à des limites.
      Ce type est un con.

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    8. Je disais ça plutôt pour détendre l'atmosphère…

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    9. Mais elle est très détendue l'atmosphère. J'écris ceci dans la plus grande décontraction.

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    10. Faisez gaffe quand même : il n'y a jamais très loin de la décontraction à la mollesse…

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    11. Finalement, pour la mollesse, ne vous tracassez point à l'excès. Je viens de tomber sur cette phrase de Voltaire, dans son Siècle de Louis XIV : « Jamais on ne vit un plus grand exemple que le courage n'est point incompatible avec la mollesse. »

      Il est vrai que "mollesse" désigne ici l'homosexualité patente de Monsieur, frère du roi, qui venait de se conduire magnifiquement à la bataille de Mont-Cassel, remportée par son armée le 11 avril 1677.

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    12. Tout à fait. D'ailleurs, Édouard de la Barre Duparcq disait plus ou moins la même chose en affirmant (fin 19ème siècle) que la militarisation des femmes engendrait un "amollissement" des hommes.

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    13. J'aurais plutôt paré sur un durcissement, mais à la réflexion ce n'est pas incompatible, et même au contraire : un durcissement précisément localisé peut faire paraître encore plus frappant un ramollissement général.

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  4. Demandez à Simone de Beauvoir ce qu'elle pensait du mariage, avant de décréter que le mariage est de toute évidence compatible avec le féminisme. Bien entendu, si vous considérez qu'il y a des milliers de féminismes possibles, vous en trouverez bien quelques-uns qui acceptent le mariage plutôt que l'union libre. Mais alors il faudra admettre que je puisse légitimement me présenter comme marxiste-féministe-nazi, une tendance que je viens de créer parmi des milliers de possibilités.

    Je ne crois pas qu'il y ait eu beaucoup de féministes dans l'histoire pour vanter les mérites des noces de platine. J'attends avec enthousiasme vos révélations sur ce point.

    Jégoun, quant à lui, pourrait passer pour un vrai féministe : il a décidé de ne pas imposer sa sinistre personne à une femme. Dommage qu'il se rattrape sur les putes, comme il s'en vante lui-même. Libre à vous de le soutenir et de faire copain avec des esclavagistes de ce genre, mais, de grâce, pas de leçons de morale en plus, merci !

    Quant à votre opinion sur le mariage, il me semble qu'elle devrait s'adapter à votre opinion sur les théories dites "du genre". J'ai beau chercher, je ne vois pas comment ces deux options peuvent être compatibles.

    Pour finir, excusez-moi d'essayer de mettre un peu de logique dans votre univers. Tantôt vous nous racontez avec des trémolos dans la voix et des larmes plein le visage (et un certain talent) les temps heureux de nos grands-parents mariageophiles et genrés en diable, tantôt vous nous vantez les mérites du transgenre et de la libération tous azimuts. Je suis un peu perdu, là.

    Ah, encore un petit mot à l'attention de Jegoun : je ne suis pas rentré de vacances, n'y étant pas parti, grâce notamment à ses amis au pouvoir.

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    1. Ce n'est pas parce que Simone de Beauvoir conchie le mariage que toutes les féministes le font aussi. Cela dit, je ne suis pas pro-mariage mais je défends le droit à quiconque souhaite se marier de pouvoir le faire.

      Le mariage religieux ne fait pas partie de mes idéaux mais jamais je n'ai écrit ou dit que le mariage tout court était une sombre connerie. Arrêtez de dire n'importe quoi s'il vous plaît.

      Enfin, j'ai écrit :"Mes grands-parents se sont mariés en septembre 1945. L'année prochaine si leur état de santé le permet, mais rien n'est moins sûr, ils fêteront leurs 70 ans de mariage. Des noces de platine... Un truc en voie de disparition c'est évident."

      Ce qui ne veut pas dire que cela constitue pour moi un modèle.

      Et je n'ai jamais vanté les mérites du transgenre. Là encore vous dites n'importe quoi. J'ai écrit maintes fois sur ce blog que les transgenres devaient avoir les mêmes droits que tout le monde. C'est tout à fait différent.

      Donc, soit vous ne comprenez rien à ce que j'écris sur ce blog et vous m'en voyez navrée, soit vous n'êtes pas foutu de respecter ce que j'ai écris ici aujourd'hui juste pour le plaisir de troller puisque visiblement, c'est ce que vous savez faire de mieux.

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    2. Venant d'apprendre une très mauvaise nouvelle, je suis en larmes. Mais lire un type qui prétend que je me vantes d'aller voir les putes. Ce type est ignoble.

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    3. Merde... Courage l'ami.
      De toutes façons, ce sera son dernier commentaire ici.
      Je tolère toutes sortes de trolls ici depuis que ce blog existe, j'ai du supprimer 4 commentaires à tout casser en 2 ans, mais là, il touche le fond.

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  5. Finalement, je vais répondre au connard. Gardez vos larmes.

    Il y a trois semaines, Emilie m'a envoyé un SMS. Elle me demandait mon adresse. Ai compris qu'elle voulait m'envoyer un faire part de naissance ou une invitation à son mariage avec mon pote Jim.

    Aujourd'hui, mon téléphone sonne. Le numéro affiché était celui d'Emilie. Je décroche. Au boit, c'était Jim. Il m'annonçait la mort d'Emilie.

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    1. Je n'ai malheureusement rien à te dire sinon que je te soutiens... A la hauteur de mes modestes moyens.

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    2. Merci. Je sais que personne ne peut rien.

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    3. Pareil qu'Élodie.

      (P'tain ! si on m'avait dit qu'un jour je pourrais écrire une phrase pareille !)

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    4. Moi aussi, pareil qu Elooooody. Que dire de plus dans ce cas?

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    5. Il n'y a rien à répondre. Je l'épanche ici puisque, finalement, on passe par hasard.

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    6. C'est important de s'épancher... C'est même indispensable.

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    7. On peut aussi s'éponger les uns les autres, mais c'est un autre genre de services…

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    8. Abruti ! Marco Polo ! Imbécile ! Pléonasme !

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    9. Nicolas : arrêtez d'impréquer comme une bête ! Comme la taulière supprime les message de M. Polo à mesure qu'ils arrivent, on a l'impression que vous ferraillez contre un fantôme !

      (Je dois dire que j'ai failli faire la même chose, quoique dans une autre tonalité…)

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    10. Oui. Faites comme si vous ne les receviez pas!

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  6. C'est un beau billet, qui entre en résonance avec mon histoire familiale -la mémoire historique n'est-elle pas la somme de mémoires particulières?

    Mon grand-père fut également requis du STO et, lui aussi avait pris l'habitude de nous faire rire lorsqu'il en parlait. Comme il disait, c'étaient ses vingt ans et il aurait tort de ne pas en profiter pour se marrer. Ma grand-mère, en revanche, qui se retrouvait seule à Paris avec un bébé (ma mère), n'a évidemment pas la même vision des choses...

    Merci pour ce billet, et on attend la transcription des interviews.

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    1. Il aurait EU tort de ne pas en profiter...

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    2. Fred non je ne crois pas. Il AVAIT 20 ans et AURAIT tort AUJOURD'HUI de ne pas en profiter.
      Désolée pour les majuscules, je ne crie pas mais je galère à mettre en gras.

      Enfin, Noix Vomique me contredira peut-être.

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    3. Ah oui alors OK. Noix Vomique = Fred?

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    4. « la mémoire historique n'est-elle pas la somme de mémoires particulières? »

      Certainement pas !

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    5. Euh... Elle se construit tout de même avec les sources orales hein.

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    6. Oui, je suis Fred. Mais chut! J'expérimente une tablette et je m'emmêle les pinceaux...

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    7. Bon, je suis passé sur mon vieil ordi, parce que j'ai un peu de mal à écrire et à me relire sur la tablette, et je vais répondre à Didier. Je me suis en effet mal exprimé. Contrairement à l'histoire, qui est une construction scientifique, la mémoire historique est fragmentaire et subjective: elle est composée de mémoires particulières, lesquelles, d'ailleurs, sont parfois versatiles. Par exemple, la mémoire de la Guerre d'Algérie n'est pas la même pour tous. C'est à l'historien, ensuite, de confronter toutes ces mémoires, pour essayer d'avoir une vision plus globale... Hum... Suis-je plus clair?

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    8. Tout à fait clair. du coup, nous sommes de nouveau d'accord.

      Élodie : elle se construit avec des sources orales (en partie seulement, du reste, et vous devez le savoir mieux que moi), mais elle ne peut être la simple addition de ces sources.

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    9. Ça fait deux fois qu'on tombe d'accord dans la même soirée : je pense qu'on devrait sérieusement consulter, chacun de son côté.

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  7. Superbe billet, touchant. En tous cas qui m'a touché.

    Merci

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